Textes et illustrations
Patrick Commecy
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Fable d'Ailleurs

Cygnes et Canards

Illustration: P. COMMECY

La petite île d’Okaou,
perle oubliée du Pacifique,
abritait sous sa République
deux tribus opposées en tout :

la dynastie des Blancs du Lac,
Cygnes ennoblis de père en fils,
et la famille Marencouac,
Canards nés de diverses cuisses.

Les Marencouac fouillaient la vase
pour y dénicher leur graillon.
Ne dépassait que leur croupion,
d’où, parfois, s’exprimait un gaz.

Les Blancs du Lac, avec emphase,
acceptaient l’offrande des hommes,
qui les gavaient, en gastronomes,
comme on met des fleurs dans un vase.

Un jour, manquant de viande fraîche,
ces hommes, armés d’arcs et de flèches,
vinrent pour chasser les volatiles
qui peuplaient l’île.
Toujours soucieux de leur image,
flatteuse auprès du genre humain,
certains d’échapper au carnage,
en tant que décor de jardin,
les Blancs du Lac, ne faisant qu’un,
se rassemblèrent sur le rivage :

« Evitons les flèches perdues,
qui pourraient, par inadvertance,
blesser quelqu’un de notre clan.
Posons nous tous en évidence,
nos panaches blancs bien en vue,
faisons honneur à notre rang ! »

Côté Marencouac, foin de protocole !
En un clin d’aile, les uns s’envolent,
d’autres se glissent sous les joncs,
cachant sous eux leurs canetons,
ou bien s’enfoncent dans la brume,
ne cancanant qu’une injonction :
« Sauvez vos plumes ! »

La tribu des simples Canards
qui de la fuite, connaît l’art,
s’en sortira sans anicroche.

Piètre conduite aux yeux des Cygnes !
Qui, jusqu’au bout resteront dignes…

…Ils finiront tous à la broche.

Je dis : malheur à ceux qui pensent
que même dans les cas d’urgence,
il faut sauver les apparences.

Et puis notons ceci :
s’il lui en prend l’envie,
la main qui nous protège
peut se changer en piège !