Textes et illustrations
Patrick Commecy
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Fable d'Asie

La Hyène et le Vautour

Illustration: Shantaram Tumbda

La Hyène et le Vautour
se nourrissent de charognes.
S’accommoder des restes
est leur spécialité.
Il n’y a, en Nature,
pas de basse besogne,
pas plus que de beau geste,
et pas de sot métier.
Bien avant l’aventure
que raconte la fable,
la Hyène et le Vautour
mangeaient à même table,
tiraient à qui mieux-mieux
et la viande et la peau,
se partageaient entre eux
les tripes et boyaux,
sans qu’aucun fut élu
maître de la carcasse.

Mais ôtez le menu,
et le pacte se casse :
ne trouvant que des os,
par un temps de famine,
la Hyène eut pour l’oiseau
des idées assassines.
Et craignant la puissance
qu’a le bec du rapace,
elle trompa sa méfiance
par ce tour de passe-passe :

« Dites-moi, mon très cher,
votre cou est sans plume.
Que faites-vous l’hiver,
pour éviter les rhumes ? »

« C’est simple, regardez »,
-lui répondit l’oiseau-
sitôt le vent levé,
je lui tourne le dos ».

« Fort bien, l’idée est bonne !
Mais comment l’éviter
quand le vent tourbillonne
et vient de tous côtés ? »

« Dans ce cas, voyez-vous,
je vous le montre encore,
je cache mon long cou
sous les plumes de mon corps ».

« Parfait, c’est astucieux !
Mais la tête dépasse !
Que faites-vous de mieux
si un orage passe ? »

« En cas de forte pluie,
je la mets sous mon aile,
et ferme mes prunelles.
Voyez : comme ceci ! »

Aveuglé, sans défense,
le Vautour fut happé,
et vint remplir la panse
de la Hyène affamée.

A ce point du récit,
la perfidie l’emporte :
la Hyène a du génie,
et la volaille est morte.

Mais un détail souvent
rattrape l’assassin.

Ici, c’est un serpent,
aux crocs pleins de venin,
mangé par le Vautour,
qui le digère sans mal,
par la Hyène a son tour,
pour qui il est fatal.

Ainsi nos deux héros
seront morts en idiots.

Dans le règne animal
comme dans le genre humain,
la bêtise est le mal
le mieux mis en commun.

Depuis cette aventure,
les Hyènes et les Vautours
se partagent toujours
les mêmes nourritures.

Mais chacun à son tour.

Le premier arrivé
prend les meilleurs morceaux.
Quand il est rassasié,
l’autre nettoie les os.