Textes et illustrations
Patrick Commecy
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Pour les plus petits

Le Roi-Tigre et ses sujets

Illustration: Shantaram Tumbda

Tout un jour et toute une nuit,
au fond de la jungle Warli,
la foudre faisait tant d’éclats,
et le tonnerre tant de fracas,
qu’un lièvre qui habitait là
prit ses quatre pattes à son cou,
et déguerpit loin de son trou.

A dix monts et vaux de là,
Un Chacal l’arrêta :

« Est-ce donc la fin des temps,
pour que tu courres autant ? »

« Tu ne peux pas dire mieux ! »
haleta le peureux.
« La forêt est en feu,
la Terre est inondée,
les volcans s’ouvrent en deux,
et le ciel va tomber ! »

Effrayé, à ces mots,
le Chacal aussitôt
détala et couru
aussi vite qu’il put.
Puis une Biche les ayant vus
fut renseignée par les fuyards.
Elle répéta tout au Lézard,
qui en informa la Tortue,
qui dit au Singe toute l’histoire.

Et c’est tout ce troupeau
d’animaux au galop
qui soudain s’arrêta
aux pieds du Tigre-Roi.

Celui-ci écouta
les causes de leur effroi.
Prenant sa voix feutrée, le Roi de la forêt
rassura ses sujets :

« N’ayez plus peur,
mes très chers frères !
J’ai une grotte pour tanière.
Nous allons tous y faire la fête,
jusqu’à ce que cesse la tempête ».

Un par un ils entrèrent
dans son vaste repère,
et se mirent à danser,
de joie d’être sauvés.

Mais pendant ce temps là,
le Roi-Tigre, rusé,
dans l’entée s’allongea.
Il avait décidé
de ne faire qu’une bouchée
du premier prisonnier
qui voudrait s’échapper.

Le Singe, voyant cela,
avertit ses amis,
un à un et sans bruit.
Ils décidèrent d’une stratégie,
et voici ce qui arriva :

Le Lièvre, en tout premier,
s’approcha de son Roi
levant le petit doigt :
« Mille pardons, Majesté,
mais ou je sors d’ici,
pour vider ma vessie,
ou bien je fais pipi,
dans la minute qui suit ! »

Le Roi-Tigre, sans trêve,
laissa sortir le Lièvre

Le Chacal, en second,
s’approcha du gardien :

« Notre Lièvre est bien long,
Ô ! mon bon Souverain.
Il a du s’égarer.
Si cela vous convient,
je peux le ramener
sous bonne escorte ».

Soucieux que l’on rapporte
le Lièvre dans sa grotte,
le Roi-Tigre accepta
que le Chacal en sorte.

« Je connais bien des tours,
Ô ! mon bon Souverain ».
dit le Singe à son tour
dans l’oreille du félin.

« Si tu me laisse sortir
pour que je me déguise,
je pourrais revenir
vous faire quelques surprises ! »

Le Roi-Tigre accepta
car il trouvait fort sage,
d’amuser ses otages
pour qu’ils ne s’enfuient pas.

Le Singe à peine sorti,
c’est la Biche qui dit :

« Ô votre Majesté !
Tes invités ont faim,
et je te vois baver !
Alors si tu veux bien,
je peux aller chercher
quelques fruits à manger ! »

Ne voulant surtout pas
laisser ses proies maigrir,
car c’est tout son repas
qu’il verrait dépérir,
le Roi-Tigre laissa
la Biche déguerpir.

Enfin, tremblant de peur,
s’approcha le Lézard :

« Ô notre grand Seigneur !
Un Cochon rondouillard
habite près d’ici,
et il est, par hasard,
un de mes bons amis.
Si tu veux l’inviter,
je m’en vais le chercher ! »

« Que toi, maigre Lézard,
me rapporte un Cochon ?

Cette proposition
justifie ton départ ! »

Bien sur à la nuit tombée,
ni Biche ni Chacal,
ni Singe ni Lézard,
ni Lièvre n’étaient rentrés.

Quand le Tigre s’en aperçut,
avec lui il ne restait plus
que la minuscule Tortue.

Cahin-caha elle s’approcha
du Roi-Tigre et le supplia :

« Ô ! mon Grand Empereur !
Nous n’avons rien mangé
de toute la journée !
Tu as faim, j’en ai peur !
Allons ensemble vers une mare.
J’y croquerai quelques têtards.
Puisque tu n’aimes pas nager,
pour éviter que tu te mouilles,
je pousserai vers ton museau
tous les poissons et les grenouilles.
Il te suffira pour manger,
d’ouvrir ta gueule au bord de l’eau ! »

Le Tigre se dit aussitôt :
« Je me vois bien croquer sans peine
quelques uns de ces batraciens.
Et quand la Tortue sera pleine,
elle couronnera mon festin ! »

Ils firent comme il était dit,
la Tortue nageant dans les flots,
le Tigre ouvrant la gueule dans l’eau.

Ils y passèrent toute la nuit.

Et quand vint le petit matin,
notre Tortue était bien loin.
Le Tigre-Roi n’avait, penaud,
qu’un peu de boue sur son museau !